Minimes de la Place Royale
Depuis XVIIe siècle, les Minimes avaient constitué, dans leur couvent de la place Royale à Paris, une bibliothèque qui, sans être publique, était largement ouverte aux savants. Michel de Marolles la considérait comme une des plus belles de Paris.
Elle s’était enrichie au cours du siècle de plusieurs dons. Les plus remarquables furent ceux de l’ami de Descartes Marin Mersenne (sciences), du grand maître du collège de Navarre Jean de Launoy (théologie), de l’abbé de Montigny (conciles). Ceux du conseiller de la Cour des aides, Alexandre Letenneur, et d’un certain Descombes sont signalés par ex dono de papier collé dans les volumes.
Dès 1644, la bibliothèque aurait compté 8 000 volumes ; elle avait doublé un siècle plus tard. Mais elle fut négligée dans les années 1780. L’inventaire de 1790 recense 17 095 volumes, dont 263 Bibles et 834 livres hérétiques défendus (les ouvrages luthériens étaient protégés par un fil de fer d’acier).
Les Minimes avaient fait don à la Bibliothèque royale de quelques ouvrages ou manuscrits. Par exemple, en 1767, une partie des manuscrits de l’Herbarium vivum du père Charles Plumier. Mais l’essentiel entra à la Bibliothèque à la Révolution, quand le fonds fut dispersé. Il passa par le Dépôt littéraire de Saint-Louis-La-Culture (actuelle église Saint-Paul-saint-Louis, rue Saint-Antoine, ancienne maison professe des Jésuites) dont Hubert-Pascal Ameilhon était responsable (État des Bibliothèque établi par Van Thol, 9 Brumaire an IX). Quand il fut nommé à la bibliothèque de l’Arsenal, il puisa plus de 50 000 volumes dans ce dépôt pour enrichir la collection du marquis de Paulmy, ce qui explique que plusieurs documents du couvent des Minimes se retrouvent aujourd’hui l’Arsenal. Par exemple, le plus précieux des manuscrits du couvent, le Pontifical dit de Poitiers (France, fin du IX e siècle), l’édition de 1567 des oeuvres de Ronsard ou encore le seul exemplaire connu de l’édition de 1631 chez Ballard du recueil de musique intitulé Tablature de luth de différens autheurs sur les accords nouveaux.
Le fonds de manuscrits des Minimes fut rassemblé dans le fonds français des manuscrits. Par exemple, le Martyrologe des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, volume en partie manuscrit, en partie imprimé, d’un nommé Goussencourt, une histoire complète des cardinaux ornée de leurs armoiries, un récit des négociations de la France avec les pays étrangers, la correspondance de Mersenne.
Les livres ne sont pas estampillés. Mais ils portent en général une marque sur les plats : un œil surmonté de la couronne de France portant au centre le mot charitas et en exergue Conventus Parisiensis Minimorum ou en français Minimes de Paris. Le dos est frappé d’un petit fer sur le même modèle sans l’exergue. Ces marques de provenance n’avaient pas été reportées sur les fiches catalographiques. Ce qui explique le faible nombre d’ouvrages recensés pour l’instant dans le catalogue général informatisé.
Des catalogues manuscrits de la bibliothèque avant la dispersion existent. Trois catalogues alphabétiques de la bibliothèque antérieurs à 1790 sont conservés à la Bibliothèque Mazarine. Un catalogue méthodique se trouve à l’Arsenal ; deux autres, à la Mazarine. Un catalogue des ouvrages liturgiques est conservé dans le fonds latin du département des manuscrits (autrefois fonds de Saint-Magloire).